Vous êtes ici devant une croix de chemin bien discrète, mais pourtant porteuse de mémoire. Elle se trouve sur l’ancienne terre de Thomas Simard, premier propriétaire de la ferme et bâtisseur de la maison qu’on aperçoit encore aujourd’hui, construite entre 1900 et 1910. Thomas Simard n’était pas qu’un simple agriculteur : il a été le tout premier maire de Saint-Honoré, de 1914 à 1917, puis de 1919 à 1921. La maison est ensuite passée entre les mains de Paul-Émile Lapointe, puis de François Villeneuve. Le fils de ce dernier, Rodrigue Villeneuve, a lui aussi été maire, de 1971 à 1973. Il a vécu ici avec son père jusqu’en 1992.
Mais revenons à cette croix. Comme plusieurs croix de chemin qu’on retrouve un peu partout au Québec, celle-ci témoigne d’une époque profondément marquée par la religion. Une croix de chemin, ça ne s’installe jamais par hasard. Elle peut servir à marquer un territoire, à rendre hommage, à se recueillir ou à remercier la Providence après l’accomplissement d’un vœu.
Ici, c’est à la demande du curé J. Eugène Lemieux, de la paroisse Sainte-Anne, que Thomas Simard aurait érigé une première croix de bois. Elle marquait alors la moitié du trajet entre la chapelle de Saint-Honoré et l’église de Sainte-Anne, un repère bien utile à l’époque où l’on se déplaçait à pied ou en carriole.
Lorsque la croix d’origine a été renversée par un coup de vent, François Villeneuve a eu l’idée de réutiliser une pièce bien particulière : le fer d’une roue à vent autrefois utilisée pour amener l’eau courante à la ferme. Il en a fait une croix de fer, toujours visible aujourd’hui. Un petit geste, peut-être, mais chargé de sens. Une façon de garder bien vivante la mémoire des gens d’ici.