Quand la Paton habillait les soldats
Pourquoi ne pas vous rendre dans le stationnement derrière la Place Andrew-Paton, entre les bâtiments de la rue Belvédère et l’actuelle Habitation Paton? Vous serez à même de constater l’ampleur de cette ancienne manufacture qui a habillé un nombre important de soldats canadiens et du Commonwealth durant les conflits mondiaux. Même s’il ne reste que quelques bâtiments de l’ancien complexe Paton, la qualité de la reconversion effectuée au cours des années 1980 permet de ressentir toute l’importance que cette industrie a eue au niveau local, mais aussi à l’échelle nationale.
Fondée en 1866 par Andrew Paton, la Paton Manufacturing Company ouvre ses portes le 1er juillet 1867 avec 150 personnes aux machines, ce qui est énorme pour l’époque. En fait, dès ses débuts, elle s’impose comme une industrie majeure à Sherbrooke et gagne rapidement ses galons au niveau national : en 1872, elle est déjà la plus importante fabrique de lainage au Canada. Au tournant du XXe siècle, elle peut traiter jusqu’à 45 millions de kilos de laine, ou un peu plus de 44 000 tonnes, par année!
À la même époque, son excellente réputation et la qualité exceptionnelle de ses tissus lui permettent d’obtenir d’importants contrats auprès des autorités fédérales, dont la production de la serge rouge typique des tuniques de la Gendarmerie royale du Canada. Et cette relation commerciale va se poursuivre lors des deux conflits mondiaux. Capable d’adapter sa production, la Paton fournit du worsted, textile destiné aux uniformes de combat, mais aussi du tweed, du jersey, de la flanelle et du tricot. Durant la seule année 1940, la Paton obtient trois contrats militaires majeurs. Au cours du conflit, 95 % de la production de l’usine de la rue Belvédère est destinée aux différents corps de l’armée canadienne, mais aussi à d’autres nations du Commonwealth engagées dans la guerre. Le montant total des contrats se chiffrent, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, à environ 300 000 $ !
Après un retour au calme, la Paton réajuste sa production aux besoins civils et, même si les carnets ne se remplissent plus sur les chapeaux de roue, ils demeurent malgré tout bien remplis pour encore deux décennies. La compagnie profite également de l’après-guerre pour remplacer ses équipements, épuisés par plusieurs années de production intensive. Elle se procure alors de tout nouveaux appareils de cardage et de filage. La teinturerie est également remise à neuf.
Le complexe de la rue Belvédère ferme finalement ses portes en 1978, alors que la Paton déménage dans des locaux beaucoup plus modestes, sur la rue Woodward. La compagnie quitte définitivement Sherbrooke en 1983.