L'ancienne usine Hooper

La métallurgie au service de la guerre


Vue de l’ancienne usine Sherbrooke Iron Works

Dans les années 1910, la compagnie Sherbrooke Iron Works est en opération au coin des rues Belvédère et Galt. Vers la fin des années 1920, c’est au tour de la Superheater Co. Ltd., une manufacture d’outillage pour locomotives, d’investir les lieux pour quelques décennies. La première produira des munitions, alors que la seconde fabriquera notamment des chaudières de locomotives, adaptant ainsi leur production aux besoins militaires durant les conflits mondiaux. En 1959, la S.W. Hooper & Co. Ltd., qui produit de la machinerie associée au secteur des pâtes et papier, occupe les lieux.


Des employés du département de la vérification

En 1918, des employés du département de la vérification assignés au contrôle des munitions fabriquées par l’Ingersoll-Rand prennent la pose devant l’atelier n° 1. Ces munitions étaient destinées à l’artillerie de l’armée américaine.


Vue à vol d’oiseau du secteur de la Rand et du coin Galt et Belvédère

On aperçoit deux usines importantes dans le paysage industriel sherbrookois, dans le secteur métallurgique, et qui ont grandement participé à l’effort de guerre : en bas à gauche se trouve la Superheater Co. Ltd. (qui deviendra la Hooper en 1959) et, au centre, l’Ingersoll-Rand, dont le complexe, à proximité de la gare du Canadien Pacifique (en bas à droite), compte plus de 30 bâtiments dans l’après-guerre. Photo : 18 juin 1957.


Vue d’une partie de l’atelier n° 2

Fondée en 1889 sous le nom de Canadian Rand Drill, l’Ingersoll-Rand produit, en temps de paix, de la machinerie dédiée à des compagnies minières ou papetières. Installée près de la rue Belvédère et à proximité de la gare du Canadien Pacifique à partir des années 1910, elle est l’un des plus importants employeurs de la ville. Durant les deux conflits mondiaux, la Rand adaptera sa production pour soutenir l’effort de guerre. Photo : vers 1940, dans une section de l’atelier n° 2 de l’Ingersoll-Rand, deux employés opèrent une tour à obus.


Inspection de munition

Entre 1939 et 1945, cet homme évalue le fuselage d’un obus.


Des locaux en quête de vocation

En juillet 2002, les locaux de l’ancienne usine Hooper sont vacants depuis quelques années et montrent des signes de détérioration. Ils sont d’ailleurs cités dans le dépliant « Édifices patrimoniaux en péril – Arrondissement n° 4 du Mont-Bellevue » publié par la Société d’histoire de Sherbrooke. Vers 2003, un premier projet de revitalisation est mis en place et l’édifice réhabilité accueille notamment une clinique médicale, une pharmacie et une épicerie. Au début des travaux, une partie de l’usine, celle qui abrite maintenant le IGA Extra, avait dû être démolie, puisqu’elle menaçait de s’effondrer. En 2020, à la suite du départ de la clinique, la Ville de Sherbrooke achète et convertit une partie des locaux de l’édifice Hooper : les aménagements effectués remportent d’ailleurs un prix de l’Union des municipalités du Québec en 2022.


Texte de l'audio

La métallurgie au service de la guerre

La Hooper n’est pas en activité lors des conflits mondiaux, mais l’édifice éponyme qui se trouve devant vous est installé sur le site d’industries lourdes qui participeront à l’effort de guerre, tout comme plusieurs autres manufactures du secteur et du centre-ville. 

Tout d’abord, il faut savoir que la fin de l’année 1913 et le début de 1914 sont très décevants pour la majorité des secteurs manufacturiers, alors que les marchés stagnent et que les carnets de commandes sont peu garnis. Le début de la Première Guerre mondiale en mai 1914 est donc, malheureusement, une opportunité salvatrice pour les usines sherbrookoises. Ce sont dans un premier temps les industries de lainage qui sont sollicitées, mais dès 1915, l’industrie lourde est appelée en renfort : sa production est alors réorientée vers la fabrication d’obus et de munitions. C’est notamment le cas de la Jenckes Machine Company, dont le complexe industriel se trouve sur l’actuelle rue des Grandes-Fourches Sud. Elle délaisse alors sa production habituelle de machineries destinées aux secteurs des mines, des pâtes et papiers et de l’hydroélectricité pour fabriquer des obus. La Sherbrooke Iron Works et la Superheater Co. Limited, qui occuperont les locaux situés au coin des rues Belvédère Sud et Galt, feront également partie des industries sollicitées : la Sherbrooke Iron Works durant la Première Guerre mondiale, et la Superheater Co. Limited durant le conflit de 1939-1945.

Lorsque le Canada entre en guerre contre l’Allemagne en septembre 1939, les industries de métallurgie s’attendent à reprendre leur production de munitions et d’obus : rappelons au passage que durant la Première Guerre mondiale, environ 3 000 personnes ont œuvré dans ce secteur. Toutefois, les réalités militaires ont changé : même si la production d’obus dépasse à un certain moment les 40 000 engins fabriqués par jour dans les usines sherbrookoises, les contrats gouvernementaux orientent fortement la production vers les moteurs et le matériel de chemin de fer. Rapidement, l’Ingersoll-Rand triple sa production. Sa proximité avec les rails et la gare du Canadien Pacifique et le fait que l’usine était déjà l’un des plus grands employeurs de la ville lui assurent un rythme de production soutenu tout au long de la Deuxième Guerre mondiale.

En somme, les industries métallurgiques de Sherbrooke ont connu un regain de production au cours des deux conflits mondiaux. Toutefois, dans les deux cas, le retour à la normale sera un ressac. Le temps que les marchés se réajustent aux besoins civils, mais aussi devant le nombre accru d’ouvriers potentiels, le milieu manufacturier connaît un ralentissement assez important, entraînant du chômage.

Extracto de
L’héritage militaire de Sherbrooke | Audioguide gratuit

L’héritage militaire de Sherbrooke | Audioguide gratuit image circuit
Presentada por : Musée d'histoire de Sherbrooke (MHIST))
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