La métallurgie au service de la guerre
La Hooper n’est pas en activité lors des conflits mondiaux, mais l’édifice éponyme qui se trouve devant vous est installé sur le site d’industries lourdes qui participeront à l’effort de guerre, tout comme plusieurs autres manufactures du secteur et du centre-ville.
Tout d’abord, il faut savoir que la fin de l’année 1913 et le début de 1914 sont très décevants pour la majorité des secteurs manufacturiers, alors que les marchés stagnent et que les carnets de commandes sont peu garnis. Le début de la Première Guerre mondiale en mai 1914 est donc, malheureusement, une opportunité salvatrice pour les usines sherbrookoises. Ce sont dans un premier temps les industries de lainage qui sont sollicitées, mais dès 1915, l’industrie lourde est appelée en renfort : sa production est alors réorientée vers la fabrication d’obus et de munitions. C’est notamment le cas de la Jenckes Machine Company, dont le complexe industriel se trouve sur l’actuelle rue des Grandes-Fourches Sud. Elle délaisse alors sa production habituelle de machineries destinées aux secteurs des mines, des pâtes et papiers et de l’hydroélectricité pour fabriquer des obus. La Sherbrooke Iron Works et la Superheater Co. Limited, qui occuperont les locaux situés au coin des rues Belvédère Sud et Galt, feront également partie des industries sollicitées : la Sherbrooke Iron Works durant la Première Guerre mondiale, et la Superheater Co. Limited durant le conflit de 1939-1945.
Lorsque le Canada entre en guerre contre l’Allemagne en septembre 1939, les industries de métallurgie s’attendent à reprendre leur production de munitions et d’obus : rappelons au passage que durant la Première Guerre mondiale, environ 3 000 personnes ont œuvré dans ce secteur. Toutefois, les réalités militaires ont changé : même si la production d’obus dépasse à un certain moment les 40 000 engins fabriqués par jour dans les usines sherbrookoises, les contrats gouvernementaux orientent fortement la production vers les moteurs et le matériel de chemin de fer. Rapidement, l’Ingersoll-Rand triple sa production. Sa proximité avec les rails et la gare du Canadien Pacifique et le fait que l’usine était déjà l’un des plus grands employeurs de la ville lui assurent un rythme de production soutenu tout au long de la Deuxième Guerre mondiale.
En somme, les industries métallurgiques de Sherbrooke ont connu un regain de production au cours des deux conflits mondiaux. Toutefois, dans les deux cas, le retour à la normale sera un ressac. Le temps que les marchés se réajustent aux besoins civils, mais aussi devant le nombre accru d’ouvriers potentiels, le milieu manufacturier connaît un ralentissement assez important, entraînant du chômage.