Des maisons pour les vétérans
Le secteur où nous nous trouvons, au coin des rues Denault et Saint-Denis, témoigne d’un héritage militaire bien concret. Ce qu’on appelle les « maisons de vétérans » sont généralement associés à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Si l’association n’est pas fausse, le développement de quartiers peuplés de petites maisons unifamiliales n’est pas un projet initié durant le conflit de 1939-1945. En effet, il est une réponse à une problématique bien présente dès la fin de la Première Guerre mondiale, soit le manque de logements. Pour pallier ce problème, le gouvernement canadien lance alors un programme pour stimuler la construction d’habitations. La forte migration rurale vers les villes et l’augmentation démographique accentuent la demande alors que le manque de matériaux, la crise économique, puis la Deuxième Guerre mondiale viennent compliquer les efforts du gouvernement.
En 1935, une loi sur le logement est adoptée par le gouvernement fédéral afin de faciliter la construction résidentielle. À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, un programme pour l’amélioration des maisons ainsi qu’une nouvelle Loi nationale sur l’habitation sont mis sur pied. Par contre, c’est surtout à partir de 1945 qu’on note un réel changement dans le secteur de la construction résidentielle au Québec.
À Sherbrooke, le conseil municipal approuve, à l’automne 1945, l’ouverture de quatre nouvelles rues dans le secteur Galt Est, dont la rue Patricia. Celles-ci sont destinées à accueillir au moins 35 maisons construites par la Wartime Housing Limited, une société d’État créée pendant la guerre pour loger les travailleurs attirés vers les grands centres.
Après la fin du conflit, les anciens combattants sont parmi les premiers bénéficiaires de ce type de projet, d’où l’appellation commune. L’accès à la propriété sera également soutenu par la mise sur pied, le 1er janvier 1946, de la Société centrale d’hypothèques et de logements. Entre 1947 et 1950, celle-ci contribue à la construction, et à l’achat, de plus de 25 000 maisons de vétérans à travers le Canada. À Sherbrooke, se sont environ 60 maisons qui s’ajoutent aux 75 maisons construites grâce au concours de la Wartime Housing Limited. Véritable témoin d’une réalité urbaine et historique post-conflit mondial, ces habitations sont reconnaissables facilement avec leur étage et demi et leur toit à forte pente, et ce, même si plusieurs ont connu diverses modifications à travers les décennies.
Sherbrooke compte deux secteurs où ces maisons des vétérans sont bien présentes : dans l’Est, notamment sur la rue Galt Est, la rue Patricia et la 7e Avenue Sud, ainsi que dans l’Ouest, sur les rues Denault, Saint-Denis et Saint-Jean.